La mentalité non syndiquée

Avez-vous déjà remarqué comment il nous arrive tous un jour ou l’autre de débattre des travailleurs syndiqués? Généralement, les propos sont durs et parfois même insultants.

« Ah! Les maudits syndiqués, je te dis que ça travaille pas fort. Regarde les cols bleus! ».

« Si leurs emplois n’étaient pas protégés par leurs syndicats pis leur ancienneté, y en a une gang qui se ferait mettre dehors assez vite! »

Bien sûr, certaines critiques sont fondées mais ce n’est pas de ça dont je veux vous parler.

Je m’interroge plutôt sur ceci: s’il est courant de s’en prendre aux syndiqués, pourquoi épargne-t-on toujours les employés non syndiqués? Ceux-ci sont non seulement exemptés de notre fiel, ils ont bonne réputation! On les trouve compétents, efficaces, dédiés… Pourtant, certains de leurs comportements ont des répercussions qui nuisent à l’ensemble des salariés. À vous et à moi.

La mentalité de l’employé non syndiqué

Depuis le temps que je travaille avec vous, je vous connais chers camarades!

D’abord, vous êtes individualistes, valeur centrale à votre mentalité et conséquente avec la structure du travail qui vous atomise. Les répercussions de vos choix sur vos collègues ne vous préoccupent pas le moins du monde. C’est chacun pour soi!

Lorsque par exemple, vous travaillez des heures supplémentaires sans rien demander en retour, c’est peut-être avantageux à court terme pour votre carrière mais collectivement, c’est nono à mort! Cette pratique est répandue et dans certains bureaux, c’est devenu une loi non-écrite: il faut donner du temps gratuitement pour espérer être promu.

Le bénévolat corporatif érigé en un système accepté, valorisé et renforcé par vous, employés qui en faites les frais, avouez qu’ils sont forts les propriétaires!

« Hier, j’ai dû quitter à 19h30 »

« J’ai travaillé ce week-end »

« J’ai fait des courriels jusqu’à 23h30! »

Le lèche-cul renchérit: « Moi j’ai travaillé 70 heures la semaine passée!! »

Le patron : « Vous savez combien Hélène travaille fort! »

Message sous-entendu: « Faites donc pareil!! »

Claquement du fouet fixant la cadence du troupeau.

Peu importe que vous bullshittiez et faites semblant pour bien paraitre ou que vous travailliez réellement ces heures, votre surenchère du « je travaille plus fort que les autres » témoigne de votre ignorance et d’une absence d’esprit de corps envers vos compagnons de travail. C’est déprimant!

Cette satanée compétition dans laquelle on nous cloître. Elle donne aux plus ambitieux d’entre nous des airs de ridicules petits gladiateurs s’entre-tuant dans un triste spectacle qui ne bénéficie au final qu’à la caste supérieure qui y assiste joyeusement, depuis les loges corporatives du Colisée.

L’ironie ultime ici étant que les améliorations à VOS conditions de travail sont le fruit de victoires obtenues à l’arraché lors de luttes syndicales, menées par des Michel Chartrand et des Madeleine Parent.

Mais certains d’entre vous ne savez même pas ça.

Alors collègues, la prochaine fois que l’envie vous prendra de critiquer les syndicats, gardez-en un peu pour vous-même, d’accord?

À propos de hugoparizot

Ex blogueur épris de justice, préfère le scotch aux bulletins de nouvelles, possède 4 paires d'écouteurs et 2 poissons rouges. Aime la simplicité mais déteste les raccourcis. Voir tous les articles par hugoparizot

One response to “La mentalité non syndiquée

  • bob

    Tu n’as pas tort mais les syndicats ont leur propre responsabilité …. rien à voir entre les premiers syndicats et ceux d’aujourd’hui
    Les centrales se refusent à lever le petit doigt pour des centaines de milliers de travailleurs. Crois-tu sérieusement que la vie des syndicalistes du XIXe sièce était aussi pépère?

    La professionnalisation de la politique et du syndicalisme explique très largement la méfiance envers les syndicats.

    Débat à la CSN :
    http://www.csn.qc.ca/c/document_library/get_file?uuid=0510af92-db6f-4f51-967b-9e2a2a6010a0&groupId=13943

    Sans parler des fonds de pensions (pièce à cons)

    EXTRAIT DÉBAT CSN

    « Jean Carette : On met toutes sortes de choses en opposition

    : travail versus non-travail, la shop versus la

    société civile, le syndicalisme défensif versus offensif…

    Ces contradictions sont dues au fait que nous défendons

    des principes comme si ceux d’en face n’en avaient

    pas, au lieu de regarder nos propres contradictions. Par

    exemple : les caisses de retraite. Certaines affichent des

    rendements de 25 pour cent, dont quatre-vingts pour

    cent proviennent de la spéculation. Donc, quand nous

    accusons les spéculateurs d’être des voleurs, c’est nousmêmes

    que nous accusons … ! »

    .

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