Réponse à la chronique du 9 juin de Pierre Foglia

Suivant la nouvelle sur la petite fête de Sagard donnée en l’honneur de Mme Desmarais et la chronique que j’ai écrite à ce sujet, j’étais curieux de savoir si Pierre Foglia aborderait le sujet. Comme il ne l’avait toujours pas fait après deux chroniques, je l’ai questionné par courriel sur son silence.

Je me doutais bien des raisons de sa discrétion – il est à l’emploi de Power Corp. – mais comme je l’avais déjà entendu dire que ses patrons ne l’avaient jamais censuré, j’ai eu envie de parler censure avec lui, enfin plus précisément d’autocensure. Eh bien ma question l’a manifestement piqué puisque j’ai obtenu réponse, oh oui! Et elle est entrée et à deux cents à l’heure avec un doigt d’honneur comme lui seul sait le faire!

Sa chronique Pro domo, pour ma maison du 9 juin est essentiellement la version polie du courriel qu’il m’a envoyé. Ce texte est ma réponse.

M. Foglia, parmi tout ce que vous amenez comme arguments dans votre chronique, je vous concède que Sagard n’est pas une attaque à la démocratie. En effet, la victoire du capital privé sur les pouvoirs publics remonte à si loin que même vous semblez l’avoir désormais oublié, au point de considérer le party de Sagard banal, la continuation du copinage. Réalisez-vous cela?

Vous demandez si la démocratie serait moins menacée si M. Charest avait décliné l’invitation. Non, vous avez aussi raison, les soirées auxquels Charest assiste ou non ne changent rien à rien. Car avec des hommes d’états comme lui, c’est le capital privé qui est au pouvoir. Les élus ne servent plus que de courroie de transmission entre les commandes des vrais patrons (les entreprises) et les mécaniques de l’état pour les implanter (contrôler l’Assemblée nationale pour voter les lois, pousser les projets réclamés par les lobbyistes tels que les gaz de schiste, Anticosti, le Plan Nord et j’en passe, le tout aux spécifications telles que reçues « d’en haut »). Sans oublier la job de vente de ces programmes à la population via des firmes spécialisées en relations publiques…

Vous terminez votre chronique par ce que je juge être une insulte à l’intelligence de vos lecteurs en disant que « […] les Desmarais eux-mêmes font comme si c’était VOTRE journal. » « Comme si… » car si La Presse était effectivement NOTRE journal, le petit party de Sagard aurait orné sa Une il y déjà 4 ans de ça et elle aurait été accompagnée d’éditoriaux assassins dénonçant cette association douteuse, s’inquiétant de l’éthique de M. Charest, s’inquiétant pour le bien commun, s’inquiétant pour NOUS.

Non M. Foglia, aucun doute, La Presse est bien la propriété de Power Corp.

Parlant d’éditoriaux, deux mots à propos d’André Pratte, l’éditorialiste en chef que vous défendez. Vous dites de lui qu’il « est peut-être le collègue le plus gentil, le plus civil que j’ai côtoyé en 45 ans ». On vous croit sur parole qu’il est gentil mais on s’en crisse. C’est pas ça qu’on recherche chez un éditorialiste d’un journal de l’importance de La Presse.

André Pratte occupe ce poste parce qu’il partage d’emblée, sans retenue et ma foi sans discernement – autrement, comment peut-on à ce point être en symbiose avec le pouvoir? – les valeurs néolibérales que promeut La Presse. Il est le tenant du statu quo, du statique, de l’immobilisme. Il s’affaire à nous faire avaler, à grands coups d’arguments pseudo-intellectuels biaisés toujours du même bord, comment tout est dont parfait de même dans notre plusse beau pays. Pas pour rien que son discours est rejeté par la masse, vous dites le constater vous même à tous les jours.

La véritable remise en question du système et de ses zones d’ombre provient de plus en plus, il me semble, des WikiLeaks, Anonymous et de dissidents comme le professeur du M.I.T. Noam Chomsky et il y a lieu de se questionner sur les raisons de la cécité de nos empires médiatiques. Ce supposé 4ème pouvoir est certes sophistiqué, « divertissant au boute» et sa mise en page léchée mais ce qui frappe, c’est surtout la docilité de ses propos – envers l’ordre établi – et la prépondérance d’idées et d’opinions inoffensives.

A-t-on réussi à complètement éliminer des médias toute dissidence, toute idée moindrement subversive envers le système en place? Ses journalistes, contraints à sélectionner leurs sujets à l’intérieur de balises délimitant ce qui est acceptable de ce qui ne l’est pas nous informent certes, mais pas trop et pas sur tout. C’est la pluralité et la diversité d’opinions qui en prennent pour leur rhume. Ne jamais remettre en question l’unique idéologie, la néolibérale, voilà l’acceptable pour les promoteurs et véritables bénéficiaires du statu quo. Pour citer un slogan entendu dernièrement lors d’une manifestation: « Travaille, consomme pis ferme ta yeule ».

M. Foglia, vous répondez aux détracteurs de votre journal mais évitez habilement le coeur du sujet: d’une manière ou d’une autre, c’est le propriétaire qui détermine les contenus qui paraissent dans sa propriété, que ça vous plaise ou non. Et si c’est publié dans La Presse, c’est que c’est inoffensif à l’ordre établi…

À propos de hugoparizot

Ex blogueur épris de justice, préfère le scotch aux bulletins de nouvelles, possède 4 paires d'écouteurs et 2 poissons rouges. Aime la simplicité mais déteste les raccourcis. Voir tous les articles par hugoparizot

6 responses to “Réponse à la chronique du 9 juin de Pierre Foglia

  • Kazimir Strassman

    André Pratte a beaucoup de points en commun avec un ministre de l’information du XXe siècle qui était affable, grégaire et dansait admirablement bien le tango : Joseph Goebbels.

  • Catherine Voyer-Léger

    Je vais me permettre une bête auto-promo vers mon blogue, mais c’est juste pour ne pas tout répéter ce que j’ai déjà dit: http://voir.ca/catherine-voyer-leger/2012/06/09/foglia/

    Je suis, pour l’essentiel, d’accord avec vous, mais j’insisterai juste sur un point: j’ai l’impression que vous vous attaquez à des moulins à vent.

    Premièrement, vous n’êtes sans doute pas le seul à avoir écrit à Foglia. Les journalistes de La Presse reçoivent des centaines de messages par semaine. La réponse que vous prenez pour vous (et c’est peut-être vous qui avez bu la tasse) est un ras-le-bol que ressentent plusieurs journalistes et chroniqueurs actuellement qui sont aussi ébranlés par ce qui se passe et qui doivent prendre des décisions au quotidien, dans le terrain de jeu qui est le leur (et qui, oui, est parfois limité).

    Juste en me promenant sur Twitter, je vois régulièrement des journalistes se faire interpeller sur Sagard, mais aussi sur d’autres enjeux où on appelle à la « dénonciation de son équipe »: « Il est ben imbécile ton collègue X, chu sûr que t’es d’acc avec moi. Pourquoi tu dis rien? » (Parce que c’est mon collègue dude, serait la réponse plate, mais vraie.) Vous lisez André Pratte, vous lisez Vincent Marissal. Me semble c’est ben évident qu’ils sont pas d’accord, pourquoi faudrait-il que Marissal écrive une chronique dans laquelle il dirait noir sur blanc qu’il n’achète pas l’analyse de l’éditorialiste en chef?

    Je vais être plate, mais je ne pense pas qu’on peut vraiment, bêtement humainement, s’attendre à ce qu’un journaliste critique l’institution à laquelle il a consacré sa vie: un journal à propriété privée. S’il y est, s’il y travaille, c’est qu’il en a fait son compte et que, manifestement, ça ne heurte pas trop ses valeurs. Les journalistes ont eux-mêmes tendance à avoir une vision assez romantique de leurs rôles, il ne faut pas les encourager dans cette voie… Ils vivent plein de contraintes. Dont des contraintes idéologiques et commerciales!

    Il ne faut pas se leurrer: même dans un journal communautaire vous ne trouverez pas un chroniqueur pour dire que sa direction c’est une bande de tarés ou que sais-je encore. Bien sûr qu’il y a une série de liens de pouvoir et justement parce qu’il ne pourra jamais complètement s’en dégager, Foglia aurait dû s’abstenir d’écrire sur la question.

    Ce que répète sans arrêt les journalistes de La Presse c’est qu’on ne peut pas accuser La Presse d’avoir toujours protégé le gouvernement Charest et ils ont bien raison. On peut critiquer mille fois la puissance symbolique de l’éditorial dans la crise actuelle (j’en suis), mais on ne peut pas oublier le nombre de ministres qui ont été talonnés en contre-partie.

    Est-ce que cela va remettre en question l’ordre établi? Non. Pourquoi la remise en question de l’ordre établi viendrait d’un journal mainstream qui appartient à un grand groupe économique? C’est absurde de « rêver » ça.

    Vous vous étonnez de ne pas avoir vu les photos de Sagard en Une? Admettant l’hypothèse qu’il y a là une histoire, on voudrait surtout savoir pourquoi d’autres médias ne l’ont pas sortie, non? C’est pour ça qu’il y a des concurrents, parce qu’il y aura toujours, dans tous médias, des angles-morts.

    Et des journalistes de La Presse sont peut-être d’accord avec vous, mais non, ils ne l’écriront pas. Pour la même raison que je ne vous dirai pas ici ce que je peux reprocher aux membres de mon OBNL ou à mon conseil d’administration…

    (Désolée, je me sens extra-confuse et surtout platement pragmatique. Mais j’espère que vous aurez compris que sur l’essence, je suis avec vous. Je le dis d’ailleurs sur mon blogue: La Presse est une institution de reproduction du statu quo.)

  • Alain Michaud

    Plus je vous lis et relis, plus je constate que M. Foglia vous a lu comme un grand livre ouvert. Dans son courriel la première phrase et la dernière avant le caviardage, il mentionne que l’information ne vous intéresse pas, c’est seulement votre opinion, la vôtre, juste la vôtre qui doit subsister. Pour preuve ce blogue stérile qui vous permet de vous complaire dans votre opinion, la seule, toujours la seule…

    Je vous plains.

  • JC Pomerleau

    (Google : Vigile Fauxlia)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :