Le progrès, vraiment?

L’indice canadien du mieux-être (ICMÊ) publiait mardi le 23 octobre un rapport mesurant  la qualité de vie de la population canadienne. Sa conclusion? De 1994 à 2010, bien que le PIB du pays augmentait de 28,9% – le PIB est la mesure habituelle de la vitalité économique d’un pays – la qualité de vie des canadiens telle que mesurée par l’ICMÊ n’augmentait, elle, que de 5,7%.

L’indice surveille 64 indicateurs dans 8 domaines qui ensemble, définissent ce qu’est une vie qui vaille la peine d’être vécue: éducation, santé, dynamisme communautaire, participation démocratique, environnement, loisirs et culture, niveaux de vie et aménagement du temps.

Devant l’écart entre la croissance du PIB et de la qualité de vie, le groupe pose cette question en guise de conclusion: nos gouvernements répondent-ils véritablement aux besoins et aux valeurs des Canadiennes et des Canadiens ordinaires?

Vous avez raté cette nouvelle? Bon Dieu mais où vous informez-vous donc? Je blague, enfin à peine. Rien de plus normal que de rater ce type de nouvelle qui ne fait jamais la Une d’aucun journal, n’est relevée par aucun éditorialiste – enfin certainement pas ceux de La Presse ou du Journal de Montréal.

Non, André Pratte n’a pas le temps de se pencher sur cette nouvelle submergé qu’il est par le brouhaha que causent les gigantesques files de riches en fuite aux frontières, eux que les politiques économiques irresponsables du PQ saignent. Quoi? Vous n’avez pas vu ça non plus? Va falloir lâcher Occupation Double un peu et regarder par la fenêtre! Vous les voyez pas? Z’êtes de mauvaise foi ou quoi?

Anyway. Pour ceux que le sort du 99% intéresse encore, il est préoccupant selon les auteurs de l’étude que le PIB croisse de près de 30% en n’améliorant que marginalement le sort d’une population.

J’ai quand même un doute. Si les économistes et les spécialistes qu’on entend sur les tribunes et qui occupent la majorité de l’espace médiatique s’entendent pour dire que notre monde progresse – ça inclut le Canada – c’est peut-être moi qui ne comprend pas ce qu’est le progrès?

Qu’est-ce que le progrès alors?

Est-ce construire des prisons quand la criminalité recule? Qu’un groupe vulnérable – les autochtones – compte pour 4% de la population canadienne mais pour 21,4% des détenus dans les prisons fédérales? Est-ce assister à l’émergence d’un système d’éducation à deux vitesses: les bolées au privé à nos frais à 60% et les cas problèmes au public à nos frais à 100%? Le développement des sables bitumineux en Alberta?

Je continue?

Est-ce quand nos familles se privent de temps de loisir, laissant tomber des activités culturelles alors que celles qu’elles maintiennent coûtent plus cher qu’avant? La diminution de la qualité des emplois? Est-ce l’augmentation du chômage de longue durée? Faire du bumper à bumper sur l’autoroute 15 pendant 90 minutes pour retourner à la maison le soir, fatigué et stressé? Est-ce constater que quoiqu’on en dise, le revenu des ménages est encore le facteur qui permet le mieux de prédire l’état de santé futur de nos citoyens? Enfin, est-ce entendre le très socialiste Conference Board of Canada admettre, que l’écart du revenu réel moyen après impôt entre les plus riches et les plus pauvres s’est accru de plus de 40 % de 1994 à 2009?

Non, j’ai peur qu’il y ait, à mon grand regret, deux définitions du progrès au pays: celle du 1% pour qui tout baigne et une pour la masse, pour le reste ou si vous préférez, pour vous et moi.

Je crains par ailleurs que cette double définition existe aussi pour les mass médias.

Combien d’entre-nous remarquons l’asservissement quasi-total des médias aux élites bien-pensantes, au maintien du statu quo?

Sombrerai-je seul dans le cynisme ou y a-t-il lieu d’espérer une prise de conscience collective?

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Une proposition pour en finir avec la corruption

Certains paradoxes sont frappants chez l’être humain. Prenez l’évolution de certains domaines.

Il y a d’un côté ceux qui évoluent à une vitesse affolante comme les technologies. Le iPad de Apple, qui n’existait pas il y a 2 ans, en est déjà à la troisième génération, Curiosity transmet des images en temps réel de mars, des voitures électriques roulent finalement dans nos rues. Ce ne sont là que quelques exemples.

D’un autre côté, d’autres sphères n’ont pas évolué d’un yota depuis des siècles. Prenez la corruption en politique. Présente depuis les débuts de la civilisation, de Rome à Washington en passant par Laval.

À Laval, ce vice a justement pris des proportions Olympiennes. Le maire Vaillancourt s’octroie un salaire sur les stéroïdes, ce qui lui donne un pouvoir d’achat de roi. Sa faramineuse maison de 1,1 millions et son luxueux condo en sont d’ailleurs la preuve. Il distribue aussi les enveloppe bourrée de bill de 100$ à ses invités comme d’autres les peppermint.

Et voilà que malgré les accusations sous serment, les allusions et rumeurs, le maire s’accroche à son poste puisqu’aucun mécanisme politique ne permet de le destituer. Pas suffisant d’être un croche. Si on peut, on devient indécent et on rit au visage des électeurs, des citoyens, de ses voisins. On rit des failles du système.

Le fardeau de la preuve devient parfois un lourd boulet aux pieds de la démocratie.

Mais qu’est-ce qui rend ces malversations si difficiles à enrayer? Plein de raisons mais une surtout: la volonté politique manquante. Pourtant, les politiciens savent être astucieux et travaillant quand ils le veulent. Pas toujours cependant.

Face au problème de la corruption en politique – la leur ou celle de collègues – nos politiciens deviennent soudainement moins hargneux, moins vierges offensées, moins déterminés.

Tiens, aidons-les!

Comme le salaire du maire de Laval, le cyclisme est aux prises avec un grave problème de dopage. Incapable d’enrayer le fléau par les seules méthodes de dépistage traditionnelles, l’Union Cycliste Internationale (UCI) s’est dotée en 2008 d’un outil de contrôle supplémentaire en implantant un passeport biologique qui vise non pas à détecter la présence de drogues chez les cyclistes mais plutôt de déceler des variations anormales de marqueurs biologiques observés. Dit autrement, on mesure les conséquences de la prise de substances illicites sur le corps et les performances de l’athlète et cela devient équivalent à un contrôle positif.

Génial, non?

Transposé à la corruption, l’outil de contrôle deviendrait une radiographie financière obligeant les élus provinciaux et municipaux à déposer un bilan financier pour mesurer certains indicateurs: revenus et dépenses, encaisse, propriétés, voitures, objets de luxe, etc. Il y en aurait une à leur entrée en fonction, puis une fois l’an, à leur sortie de la vie publique et aux 5 ans à vie par la suite selon l’importance du poste que la personne occupait.

Les élus se disent serviteurs du peuple. Prenons-les au pied de la lettre et redonnons un sens aux mots qu’ils emploient.

Pouvez-vous démontrer d’où provient l’argent de ce condo sur le bord de la rivière M. le maire? Et pour cette Mercedes-Benz? Et la Rolex? La croisière? Le collier de diamants de madame?

Ah? Vous avez hérité d’un riche grand oncle? D’accord. Pouvez-vous le prouvez svp?

Le tout placé sous la supervision de comités de citoyens sélectionnés au hasard, à Montréal, à Laval, à Québec, à Mascouche. Avec le pouvoir de destituer le maire dans certaines circonstances.

Vous direz oui, mais les paradis fiscaux? D’accord, mais à quoi bon voler si on ne peut pas toucher l’argent sans courir de risque?

Fini la récréation. À l’heure où on conduit un robot téléguidé sur mars depuis la terre et qu’un homme tente de briser le mur du son en sautant dans le vide depuis la stratosphère, on est en droit de penser que ce qu’on demande – la fin de la corruption chez nos élus – est réalisable.

Arrêtez de nous vendre pour des valises – de fric.

Res, non verba. Des actes, pas des mots.


La Wanna Be Académie

En apparence, je suis comme toi. Chair et os. Peau. Sang. Cheveux. Café a la main, je te salue dans l’ascenseur. En tant que présidente de grande entreprise, je sais que les perceptions sont plus importantes que la réalité.

Toi, subalterne carriériste, tu te fais beau. Tu perfectionnes ton personnage, ajustes ton timing, testes tes blagues, pratiques tes sourires. Tu apprends vite. Toutes tes actions visent à me séduire. Les habits sur mesure que tu achètes en ligne. Le sac d’entraînement à ton épaule, le matin, quand tu me salues dans l’ascenseur.

Je ne ressens aucune émotion claire, identifiable. Sauf la peur et la cupidité. Ma volonté est d’acier. Chaque jour représente une course dont je sors toujours gagnante. Je ne baisse jamais ma garde. Je suis au top. Je ferai tout pour y rester.

Toi, tu meures d’envie de ressortir du lot. De te différencier de la masse. Des anonymes. Je connais tes manigances pour me croiser. Me présenter tes projets. Tu rêves d’être moi. Peut-être critiques-tu secrètement mes décisions. Ça ne change rien car tu me crains. C’est bien, la peur donne des ailes.

Je suis comme un renard. Je peux voir la jugulaire chez tous mes adversaires et attaquer. J’ai l’instinct du tueur. Dans mon monde, c’est vaincre ou périr. Il n’y a pas de règles. Tous les coups sont permis. Et c’est tant mieux.

Si tu pleurniches, tu n’as pas ta place à mes côtés. Quitte. Tôt ou tard, je te vaporiserai. Tu disparaîtras instantanément de la compagnie rejoindre ses fantômes. Je le ferai sans hésiter. Sans aucun remords.

Je me dope à la coke mais ma vraie dope c’est le succès. Mon penthouse. Mon mobilier Roche Bobois. Ma table réservée au Toqué. Mon condo à Monaco. Mon futur chauffeur. J’appartiens désormais au jet set, à l’élite.

Alors tu participes à la Wanna Be Académie? Pour gagner, tu dois être prêt à tout. Ne jamais compter les heures, encore moins les réclamer. Tout faire passer en deuxième quand je te le dis: ton amoureuse, tes enfants, tes amis. Ta vie. Te soumettre à mon autorité. Lécher le tapis à chaque fois que j’en ai envie. Avec plaisir. Compris?

Ne pleure pas car malgré tout, tu ne gagneras probablement pas. C’est rien de personnel. C’est mathématique: il ne peut y avoir qu’un gagnant et les carriéristes sont si nombreux…

Mais console-toi. Tu auras acquis une super belle expérience de travail!

Quant à moi – quelle tristesse – je devrai m’en remettre au prochain participant!

J’espère qu’il sera meilleur que toi.


La mentalité non syndiquée

Avez-vous déjà remarqué comment il nous arrive tous un jour ou l’autre de débattre des travailleurs syndiqués? Généralement, les propos sont durs et parfois même insultants.

« Ah! Les maudits syndiqués, je te dis que ça travaille pas fort. Regarde les cols bleus! ».

« Si leurs emplois n’étaient pas protégés par leurs syndicats pis leur ancienneté, y en a une gang qui se ferait mettre dehors assez vite! »

Bien sûr, certaines critiques sont fondées mais ce n’est pas de ça dont je veux vous parler.

Je m’interroge plutôt sur ceci: s’il est courant de s’en prendre aux syndiqués, pourquoi épargne-t-on toujours les employés non syndiqués? Ceux-ci sont non seulement exemptés de notre fiel, ils ont bonne réputation! On les trouve compétents, efficaces, dédiés… Pourtant, certains de leurs comportements ont des répercussions qui nuisent à l’ensemble des salariés. À vous et à moi.

La mentalité de l’employé non syndiqué

Depuis le temps que je travaille avec vous, je vous connais chers camarades!

D’abord, vous êtes individualistes, valeur centrale à votre mentalité et conséquente avec la structure du travail qui vous atomise. Les répercussions de vos choix sur vos collègues ne vous préoccupent pas le moins du monde. C’est chacun pour soi!

Lorsque par exemple, vous travaillez des heures supplémentaires sans rien demander en retour, c’est peut-être avantageux à court terme pour votre carrière mais collectivement, c’est nono à mort! Cette pratique est répandue et dans certains bureaux, c’est devenu une loi non-écrite: il faut donner du temps gratuitement pour espérer être promu.

Le bénévolat corporatif érigé en un système accepté, valorisé et renforcé par vous, employés qui en faites les frais, avouez qu’ils sont forts les propriétaires!

« Hier, j’ai dû quitter à 19h30 »

« J’ai travaillé ce week-end »

« J’ai fait des courriels jusqu’à 23h30! »

Le lèche-cul renchérit: « Moi j’ai travaillé 70 heures la semaine passée!! »

Le patron : « Vous savez combien Hélène travaille fort! »

Message sous-entendu: « Faites donc pareil!! »

Claquement du fouet fixant la cadence du troupeau.

Peu importe que vous bullshittiez et faites semblant pour bien paraitre ou que vous travailliez réellement ces heures, votre surenchère du « je travaille plus fort que les autres » témoigne de votre ignorance et d’une absence d’esprit de corps envers vos compagnons de travail. C’est déprimant!

Cette satanée compétition dans laquelle on nous cloître. Elle donne aux plus ambitieux d’entre nous des airs de ridicules petits gladiateurs s’entre-tuant dans un triste spectacle qui ne bénéficie au final qu’à la caste supérieure qui y assiste joyeusement, depuis les loges corporatives du Colisée.

L’ironie ultime ici étant que les améliorations à VOS conditions de travail sont le fruit de victoires obtenues à l’arraché lors de luttes syndicales, menées par des Michel Chartrand et des Madeleine Parent.

Mais certains d’entre vous ne savez même pas ça.

Alors collègues, la prochaine fois que l’envie vous prendra de critiquer les syndicats, gardez-en un peu pour vous-même, d’accord?


De rêves, d’illusions et de mensonges

Ourson Louis Vuitton

Que pensez-vous de cet ourson Louis Vuitton dont un exemplaire s’est vendu 182,550$?

Une partie importante de la cohésion des sociétés occidentales repose sur une promesse toute simple faite aux individus les composant: qui que vous soyez, vous pouvez réaliser vos rêves. Le contrat social qui en résulte est, grosso modo, le suivant: l’État s’assure de fournir les outils et les conditions propices à la productivité et la stabilité – élections démocratiques, éducation de qualité accessible à tous, égalité économique, égalité devant la justice – et les individus fournissent leurs talents et motivation à leur propre réussite.

La production qui découle de ce traité nous appartient – c’est la propriété privée – moyennant notre apport au maintien de notre communauté sous forme de taxes et d’impôts.

Dit autrement, vous et moi pouvons ainsi nourrir les espoirs les plus fous pour nous et nos enfants: devenir médecin, vedette de cinéma, magnat de l’immobilier, le prochain Sidney Crosby, Première ministre.

Le message sous-entendu est que l’espoir de voir des jours meilleurs ne dépend finalement que de soi. C’est une motivation majeure à se lever le matin car sinon, à quoi bon travailler?

Avez-vous remarqué l’ambition qui se cache dans l’ombre de la première? Qu’ont en commun Crosby, une vedette de cinéma, le magnat de l’immobilier?

Ils sont riches.

Au fond, plus souvent qu’autrement, voilà le rêve inavoué de monsieur et madame tout-le-monde: être millionnaire, que dis-je, milliardaire! Demandez autour de vous, tous ont ce désir à divers degrés. Même ceux qui le sont déjà en veulent plus.

Est-ce surprenant? Assaillis régulièrement d’images d’ultra-riches s’éclatant dans une obscène orgie de luxe, plusieurs convoitent ce statut.

Sauf que l’entente collective – l’État qui assure des conditions de fair play entre ses citoyens – marche de moins en moins. En fait, il ne reste qu’une partie qui se maintienne: la nôtre. Nous persistons en efforts, pirouettes et concessions quotidiennes, souvent juste pour garder la tête hors de l’eau tandis que l’État – l’autre partie du deal – est méthodiquement attaqué, affaibli, démantelé par de riches groupes d’intérêts privés démesurément puissants.

L’emprise que nous avons, travailleurs salariés, sur ce qui nous entoure nous échappe un peu plus chaque jour.

Vous ne me croyez pas? Voyons voir.

L’influence de l’argent et des lobbys dans nos systèmes électoraux est indéniable et démesuré, de même que celui des médias de masse dont la propriété réside entre les mains de quelques hommes qui peuvent maintenant faire et défaire des manchettes et des réputations comme bon leur semble.

On constate l’affaiblissement du système public d’éducation un peu plus chaque jour. Je vois des familles de classe moyenne atour de moi graduellement choisir l’école privée pour leurs enfants, avec les sacrifices financiers s’y rattachant. Cela dénote une tendance lourde: la taxation des particuliers dans son ensemble tend à croître – alors que celle des entreprises diminue – et ce, au moment où les services à la population diminuent constamment en qualité et en quantité.

Pour avoir une idée de l’égalité et de l’efficacité du système de justice du point de vue du citoyen ordinaire, prenons le cas de Claude Robinson dont la poursuite contre Cinar – pour violation de droits d’auteur – a été déposée en 1995 (il y a 17 ans!) et doit maintenant être entendue par la Cour suprême du pays alors que la culpabilité de l’employeur ne fait pas de doute. Je suis un naïf et je me demande si la poursuite inverse, l’employeur Cinar poursuivant son ex-employé, durerait toujours 17 ans plus tard? Égalitaire vous pensez, notre système de justice?

Depuis la fin des accords de Bretton Woods en 1971 et d’autres changements et avancées, l’économie mondiale est désormais soumise aux dictats d’un marché de capitaux dopés à la spéculation boursière. Ceux-ci ne bénéficient qu’à un tout petit groupe de transnationales qui contrôlent les marchés financiers, affaiblissant la souveraineté économiques des états au passage.

Chez nous, les paliers d’imposition des particuliers sont les moins progressifs (répartition de la richesse) des cinquante dernières années au point où aujourd’hui, le Canada taxe moins ses riches que les É-U, pourtant très peu progressif en la matière. Sans surprise, l’écart entre le PIB produit par habitant et le revenu familial médian s’accroît annuellement depuis 1980 et cette inquiétante tendance s’accélère. Cela signifie que la richesse créée est distribuée de manière de plus en plus inégale entre les classes de citoyens composant la société.

Finalement, la mondialisation du marché du travail érode sans cesse les conditions de travail des travailleurs d’ici. Cela se traduit entre autres par de la précarité – emplois temporaires, temps partiel – des bénéfices sociaux en baisse, une charge accrue de travail, et j’en passe. Tout cela est donné en offrande sur l’autel du sacro-saint principe de rentabilité car dans la religion néolibérale, les profits doivent toujours croître! Même si on doit sacrifier quelques citoyens au passage. Cost of doing business diraient les cyniques.

La cohésion sociale repose désormais sur des leurres, des mensonges et un judicieux système de propagande entretenu par la classe gouvernante. Les dés sont pipés. Nous ne sommes plus alimentés que de rêves, d’illusions et de mensonges.

Terminant de lire ce texte, vous préférerez probablement penser que je dérape, que j’exagère.

« Parizot m’a l’air d’un moyen parano! De la propagande, franchement! C’est vrai en Iran, en Corée du Nord, mais ici? »

Dans le confort de votre salon, vous allumerez la télé. Ce sera l’heure des nouvelles.

« Hon, Bernard Arnault (patron de l’empire Louis Vuitton, quatrième fortune mondiale, estimée à 41 milliards de dollars américains) menace de quitter la France à cause de l’impôt de 75% proposé par le Président François Hollande. Maudit fou, y va tuer l’économie, regarde les riches commencent à s’en aller! »

(Publicité de l’iPhone)

« Ah! J’en veux tellement un!! »

Amen.


Vive le statu quo est mort

Lentement, très lentement, je me remets du résultat du scrutin du 4 septembre. Je suis assez fier de moi car mon camp en a mangé une maudite. Six pour cent des votes, malgré les 10 ans de règne de Charest, malgré le printemps et la colère de la rue, ça me décourage un brin.

Oui l’élection de Françoise David est un baume mais jusqu’à quel point doit-on attribuer sa victoire à sa seule participation au débat des chefs? Point de salut politique sans le soutien des mass médias.

Ce n’est pas que le résultat me surprenne vraiment – enfin un peu – je suis consterné de constater qu’on vote comme on achète du savon: pour la plus belle boite. Celle qui promet de laver plus propre, celle qui contient 25% plus d’engagements, même si ceux-ci sont toujours pareils, toujours opportunistes, souvent populistes et ne se réalisent pas.

27% des électeurs ont voté pour la CAQ et pour l’élimination de la corruption – cette chose qui ne s’élimine pas mais dont M. Legault dans ses publicités savon promettait le plus sérieusement du monde de faire disparaître, sûrement en même temps que la vérité et le bon sens, on ne sait pas. Ils ont aussi voté pour sabrer dans l’état – ici une promesse libérale vieille de 2003. Ils ont un peu – beaucoup? – voté pour le jour de la marmotte. Même promesses et idéologie, même conception de la chose publique sauf qu’ils ont un nouveau logo et un nouvel autobus!

Pour presque un tiers de la population, c’était ça le parti qui incarnait le mieux le changement

Ajouté au 31% du PLQ, 58% des électeurs ont demandé qu’on continue à couper dans les services publics, leurs services. C’est comme si l’amputé retournait voir le chirurgien pour lui demander d’en couper un autre morceau! Déroutant…

Reste que c’est le PQ qui formera ce gouvernement minoritaire…

Il est vrai que le parti de madame Marois est plus progressiste que la CAQ ou le PLQ mais il ne s’en différencie généralement que par quelques degrés ici et là.

Michel Chartrand disait d’ailleurs que le PQ et le PLQ se ressemblaient comme une paire de fesses et que l’ADQ – maintenant la CAQ – en était le trou du cul… Seulement, ces idées sont trop radicales pour toi boomer, pour toi matante.

Je commençais donc à aller mieux jusqu’à ce que je tombe sur Lucien Bouchard – un des grands ténors du statu quo – en train de s’auto-encenser à la télé. Le fait saillant de l’entrevue était d’apprendre qu’entre la Cours de Sagard et la rue, Lucien préférait – oh surprise – les cocktails du multi-milliardaire.

C’est très symptomatique du déficit démocratique actuel de voir un ancien Premier Ministre vanter le mécénat d’un milliardaire tout en balayant du revers de la main une indignation populaire qui a envoyé des centaines de milliers de ses citoyens déambuler dans les rues durant des mois.

Cependant, doit-on s’en étonner?

Monsieur Legault a-t-il une opinion différente de celle de M. Bouchard? Le parti Libéral? Et madame Marois, malgré sa casserole, défendrait-elle les intérêts de 200,000 anonymes au détriment de ceux d’un seul milliardaire?

Puis-je vous rappeler que ces trois partis, qui ne proposent aucune politique susceptible d’indisposer nos millionnaires et milliardaires, ont amassé 90% du vote?

9 personnes sur 10 ont voté pour le statu quo, contre tout changement significatif.

Et quel est-il ce statu quo que dénonçait tant Legault? Est-ce que sont les syndicats de travailleurs qui s’opposent aux politiques d’austérité qui sont devenues la norme de nos États? Ou n’est-ce pas plutôt ce 1 ou 2% de riches et ultra-riches, vrais décideurs et bénéficiaires des politiques de l’État, qui ne se préoccupent que de leur enrichissement sans fin pour se payer des fêtes à 12 millions la pièce?

Mais on les aime tellement nos riches alors que les maudits syndiqués…

Si il y a un espoir de réel changement, il réside chez notre jeunesse.

Gabriel je t’en prie, tu ne rates pas le prochain rendez-vous électoral, d’accord?


Ce qui cloche avec le libertarianisme

Projet de ville flottante libertarienne du Seasteading Institute (source: Wikipédia).

Si vous ne le saviez pas déjà, le libertarianisme est grossièrement une philosophie prônant l’individualisme: libertés et droits individuels. L’individu y est au centre de tout. Une sorte d’individu-roi. L’individu et sa personne, l’individu et sa liberté, l’individu et sa propriété. Et surtout, l’individu en opposition à l’État et à toute forme d’intrusions dans sa vie.

Pour démontrer l’absurdité de cette conception du monde, je choisis, parmi mille exemples à portée de main, un fait divers lu hier: un adolescent de 16 ans mort frappé par une voiture conduite par un ivrogne, un multirécidiviste.

Dans cette histoire, plusieurs personnes – « les habitués de la place » du bar où Jacques Leroux picolait régulièrement – ont assurément assisté à plusieurs occasions à des moments où il quittait en voiture alors qu’il n’aurait pas dû. Employés, clients, patrons, fournisseurs. Pour le grand malheur de certains, ils ont choisi de ne pas intervenir. À mon sens, ce qui cloche avec la philosophie libertarienne est précisément là.

Témoin d’une telle situation, le libertarien fidèle à sa philosophie se fera la réflexion suivante: je n’ai pas à intervenir, cet homme ne brime pas mes droits et libertés et qui plus est, je refuse le concept d’intervention de tierces parties dans la vie des individus. Son comportement (conduire en état d’ébriété), c’est son problème, pas le mien. Ça ne concerne que lui.

Devant la même situation, l’homme ou la femme solidaire à sa communauté réagira plutôt ainsi: je sais que ça ne me concerne pas directement mais la conduite de cet homme pourrait causer du tort à quelqu’un, personne de ma famille car je sais qu’ils sont chez moi, mais à quelqu’un d’autre. Je décide donc d’intervenir car j’ai une pensée collective. Je me préoccupe pour un tout plus grand que ma personne, que mes intérêts personnels.

On connaît la suite. Personne n’est intervenu et un garçon de 16 ans a perdu la vie, étendu sur l’asphalte, haletant, agonisant, mourant pendant que le soûlon sortait de son véhicule en titubant pour checker le hood de son char. Homme libre qu’il était.

Que j’entende pas un partisan libertarien me dire que ce n’est pas la faute de ces personnes – employés, clients, patrons, fournisseurs – que c’est la faute de l’État car le type en question avait déjà été arrêté deux fois auparavant pour conduite avec facultés affaiblies, en 1998 et en 2003. Sois cohérent l’ami. Si l’État a failli ici c’est parce qu’il n’est pas assez intervenu. Or rappelle-toi, tu es contre l’interventionnisme de l’État dans ta vie.

Je trouve grotesque cette pensée libertarienne qui place l’individualité devant tous les autres principes. Qu’est ce que vous croyez qui a permis à l’humanité de survivre et de se développer si ce n’est la pensée collective, la coopération entre individus, la générosité et le don de soi? Poser un bon geste, gratuit, sans profit personnel ni calcul.

L’individu, participant de l’humanité, prend part à quelque chose qui le transcende. Sauf bien entendu le libertarien, omnibulé par le bien-être immédiat de sa petite personne.

En lisant le récit des derniers moments de ce jeune garçon, je me suis dit que certaines personnes devaient regretter amèrement tous les moments où, confrontées au dilemme entre intervenir ou avaler leur gorgée de bière, elles ont choisi la seconde et ont détourné leur regard de cet homme qui allait une nuit faucher un garçon, un enfant, un frère, un copain, un être humain qui terminerait sa vie comme un chien, prenant ses dernières respirations couché, fixant le boisé bordant cette maudite route 122. Un fait divers pour tous, sauf pour Michaël Blais et ses proches.